Novembre 2017 – Mission à Ouagadougou (Burkina Faso)

La mission MDD de novembre 2017, consacrée exclusivement à la réparation des fistuleuses, s’est déroulée au Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Schiphra, à Ouagadougou. C’est le Pr. Andrianne qui guidait les troupes. Celles-ci étaient composées des chirurgiens Fiona Burkhard et Max Lechevallier, de l’anesthésiste Véronique Hennuy, des infirmières Bernardette Sterpin, Jacqueline Gilles et Christine Debois ainsi que du logisticien André Britte. Sur base d’une pré-sélection réalisée par les médecins locaux, les équipes liégeoise et locale s’étaient fixées pour objectif d’opérer au minium 4 femmes par jour entre leur arrivée le 1er novembre et leur départ le 15 novembre.

Cette fois encore, le travail s’est déroulé dans un esprit de coopération et d’échange. Nous avons pu compter sur l’aide du Dr Dieudonné Ouedraogo et de son assistante en gynécologie pour passer du mòoré, la langue véhiculaire du Burkina vers le français lors des consultations matinales. Par chance, un mari accompagnant a également fait office de traducteur pour procéder à l’examen de ces femmes qui viennent de zones pauvres et reculées, et qui s’expriment parfois en dialectes locaux.

Dieu a infligé une punition à ces jeunes femmes, leur guérison dépendra aussi de son bon vouloir, Inch’Allah 

La barrière de la langue représente ainsi un niveau de difficulté supplémentaire dans la capacité des intervenants à informer et à sensibiliser les patientes et leurs accompagnants sur leur condition. Leurs croyances et leurs coutumes amènent les burkinabés à considérer la fistule comme un mal, une malédiction. Dieu a infligé une punition à ces jeunes femmes, leur guérison dépendra aussi de son bon vouloir (Si Dieu le veut). Outre l’aspect sanitaire, il est donc extrêmement important de considérer cette problématique sous un angle sociologique, voire anthropologique : déconstruction des croyances, sensibilisation des populations et diffusion de l’information sont des étapes inhérentes à la prévention du phénomène fistule.

« Les médecins avec lesquels nous collaborons ici préfèrent nous recevoir dans leur environnement de travail plutôt que de venir se perfectionner chez nous. Les patientes sont sur place et les conditions d’interventions sont celles qu’ils connaissent tout au long de l’année » précise le Pr Andrianne. Cette dynamique de compagnonnage semble porter ses fruits : six mois après la mission de février, nos médecins du désert s’aperçoivent que les choses évoluent dans le bon sens.

« Notre objectif est de faire grandir nos partenaires, pour qu’à terme ils n’aient plus besoin de notre aide »

Comme l’a mentionné le Pr. Fiona Burkhard à de nombreuses reprises lors des consultations, la chirurgie n’est pas synonyme de succès. La moitié de la réussite d’une intervention de ce genre est tributaire du suivi post-opératoire et du comportement de la patiente. Ses propos sont confirmés par le Dr Dieudonné qui, en tant que gynécologue, connaît bien les femmes de son pays : « elles sont tellement heureuses de retrouver une vie normale qu’une fois dehors, elles ne prêtent plus attention aux recommandations que nous leur donnons. Les fils ne tiennent pas, la fistule revient et c’est un travail de longue haleine qui est réduit à néant ». C’est la grande difficulté de cette pathologie qui touche presqu’exclusivement les pays en voie de développement : l’absence de sensibilisation et d’éducation des populations sur le sujet entraîne régulièrement des rechutes. Ces femmes handicapées depuis des mois voire des années retrouvent du jour au lendemain une dignité et un confort de vie qui les dépassent. De retour au village, elles reprennent une activité physique intense (beaucoup d’entre elles retournent travailler aux champs), des rapports sexuels précoces et se retrouvent au point de départ, parfois à nouveau enceinte.

Le pôle Schiphra 2 accueillera des ateliers de réinsertion sociale et professionnelle des ex-fistuleuses

L’après-fistule représente une étape cruciale dans la guérison. Dans cet ordre d’idée, Marie-Claire Traore a voulu emmener nos médecins du désert hors des murs d’enceinte du Centre pour leur faire visiter le chantier du deuxième pôle Schiphra. Situé en périphérie, « ce terrain nous a été offert par les autorités communales afin d’être mis en valeur et exploité dans une optique sociale. Il hébergera un dispensaire de jour ainsi qu’un bâtiment destiné à la réinsertion sociale des ex-fistuleuses par des ateliers de travail et pédagogique. Il devrait être fonctionnel avant la fin de l’année 2018, si Dieu le veut » explique cette petite femme bretonne septuagénaire expatriée qui a fait sa vie au Burkina et qui développe le Centre avec une énergie hors du commun.

La problématique de la fistule est donc liée à la condition de grande pauvreté de la population, dans un pays qui dépend largement de l’agriculture et dont l’accès à l’éducation et à la santé reste fortement limité, a fortiori dans l’arrière-pays. Un réseau de transport peu développé (routes en terre peu praticables et non-éclairées) et un manque de moyens généralisé finissent de rendre compte du véritable parcours du combattant que doivent affronter les personnes nécessiteuses.

De nombreuses patientes présélectionnées pour se faire soigner par MDD sont originaires du Nord, la zone la plus vulnérable du pays. L’armée burkinabé déployée pour sécuriser la région, y est constamment victime des groupes armés. Alors qu’une patiente est rapatriée dans la tente post-opératoire, son mari venu s’enquérir de son état et originaire d’un village proche de la ville de Dori, au Nord, témoigne qu’ils sont épargnés mais que des villages voisins subissent régulièrement les violences de groupes armés.

En réalité, le Burkina Faso est une exception parmi les pays sahéliens en raison de sa grande diversité religieuse et de la tolérance qui y règne. Modèle de coexistence pacifique, le Burkina n’a jamais connu de conflit civil ou de tensions liées à l’appartenance religieuse : musulmans, chrétiens et animistes vivent ensemble, sont voisins et se marient. De fait, le pays se trouve à la croisée des deux grands espaces qui composent l’Afrique de l’Ouest : la région sahélienne, où un islam rigoriste semble gagner du terrain et des groupes armés et terroristes sont actifs ; et la zone côtière, marquée par l’essor de nouvelles églises protestantes, qui adoptent parfois un discours intolérant à l’égard des autres religions.  Il va néanmoins devoir faire face à des crispations qui commencent à apparaitre entre les communautés religieuses et entre celles-ci et l’Etat. Alors que le pays se remet d’une période d’instabilité liée à la chute du président Blaise Compaoré en octobre 2014, et face à l’urgence sécuritaire et à la forte demande sociale, le pouvoir actuel pourrait être tenté d’ignorer ces crispations.